Comment le Japon a inventé le bien-vieillir ?

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Au Japon, il existe un certain principe de civilité ancestral, tellement ancré dans les mentalités qu’il semblerait pousser les habitants à vieillir mieux. Si le principe n’est pas forcément à copier, les pratiques qu’il déclenche, elles, sont sans doute à importer rapidement.

Au Pays du Soleil Levant, quelques chiffres sont édifiants. Comme par exemple le fait que 70 % des 60-69 ans travaillent encore (ou font du bénévolat). Mais aussi l’âge de Mieko Nagaoka. A 105 ans, cette femme vient tout juste de prendre sa retraite de sa carrière de nageuse. A 100 ans, elle était devenue célèbre parce qu’elle avait été la première centenaire à nager 1 500 m. en nage libre. Une super-femme. Mais comment expliquer de tels chiffres? Qu’est-ce que le Japon a à nous apprendre?

 

Tout commence sans doute avec le meiwaku, ce mot japonais que l’on pourrait traduire par “dérangement”, “trouble”, “nuisible”. Et au Japon, la peur est d’être justement meiwaku. Et ce, même quand il s’agit de vieillir. Les Japonais refusent de devenir un fardeau, un poids - que ce soit sociétal ou familial. C’est peut-être pour cela que les seniors japonais ont appris à si bien vieillir. Et c’est pour cela qu’il semble urgent de s’inspirer de leurs manières de faire.
Au Japon, le bien vieillir passe d’abord par l’activité sportive. Les exemples ne manquent pas, à commencer par Mieko Nagaoka. Mais ils sont des centaines, à battre des records à des âges avancés, à s’engager dans la compétition sportive. Et les études démontrent que les capacités cognitives des seniors japonais sont supérieures à celles des seniors du monde entier. Le sport semble d’ailleurs y être pour beaucoup, confirme le professeur Yuko Oguma. Ce dernier a même récemment découvert que les muscles continuaient à se développer, tout au long de la vie. Une bonne raison de s’y mettre ?

 

S’il fallait une autre bonne raison, c’est aussi car le sport maintient une activité sociale, un facteur non négligeable dans le fait de bien vieillir. En plus de, elle aussi maintenir les capacités cognitives du cerveau à bon niveau, l’activité sociale (hors de sa famille) permet de garder le moral. Les seniors japonais, quand ils ne font pas de sport, ont quand même un hobby : arrangements floraux, calligraphie traditionnelle, ou encore danse, les seniors trouvent tous à s’occuper. Et sont moteurs de ce type d’activités. “Souvent, ce sont les citoyens seniors eux-mêmes qui mettent en place des programmes dans la communauté. Ils travaillent ensemble pour assurer des activités sportives ou sociales. Leur proactivité les renforce.”, explique le professeur Oguma.

Si le lien social entre seniors est important, il faut aussi souligner que les seniors japonais entretiennent aussi des liens intergénérationnels, à travers du volontariat auprès des écoles et beaucoup est fait au Japon pour booster la connaissance internet des seniors.
A tel point qu’il existe des influenceurs seniors, à l’instar de  Kimiko Nishimoto. À plus de 90 ans, cette photographe est suivie par plus de 200 mille personnes sur son compte Instagram. Les ingrédients de son succès? Évidemment, un bon œil photographique, mais surtout beaucoup d’humour, de l’autodérision et une affinité avec la technologie, qui lui permettent de mener une vie épanouie.

Au Japon, être senior n’est pas synonyme d’être un poids pour la société, ni le synonyme de la fin d’une époque : plutôt le contraire. Les seniors japonais semblent avoir appris à mener des vies heureuses et pleines d’activités. Et il s’agit bien d’un apprentissage : il y a dix ans, les seniors japonais avaient une qualité de vie inférieure, et même une moins bonne santé.

Une notion d’apprentissage qui nous pousse à nous demander : à quand une école du bien-vieillir?